Isabelle Moreau avait toujours cru aux belles histoires. Aux promesses murmurées sous la lueur des réverbères, aux serments chuchotés entre deux soupirs d’amour. Quand elle avait épousé Antoine, elle était persuadée qu’ils seraient l’exception, ceux qui ne plieraient jamais sous le poids des années.
Mais l’amour, parfois, s’effiloche en silence.
Isabelle et Antoine s’étaient rencontrés à Paris, un soir de printemps, sur une terrasse bondée où l’air sentait encore la pluie et le vin rouge. Antoine l’avait abordée avec une simplicité déconcertante.
— « Ce livre que vous lisez… je parie que vous venez de le commencer et que vous n’irez pas au bout. »
Elle avait relevé les yeux, intriguée.
— « Et pourquoi donc ? »
— « Parce que vous avez l’air de quelqu’un qui aime les débuts… mais qui se lasse vite. »
Elle avait éclaté de rire. Et pourtant, des années plus tard, elle se demanderait si ce n’était pas lui qui avait fini par se lasser.

Les premiers signes étaient presque imperceptibles. Un baiser oublié avant de partir au travail. Des silences plus longs lors des repas. Puis, peu à peu, ces petits riens devinrent des gouffres.
Un soir, alors qu’elle finissait un article sur son ordinateur, Antoine passa derrière elle, jetant un œil distrait à l’écran.
— « Encore un article sur la mode ? » demanda-t-il, l’air fatigué.
— « Qu’est-ce que tu veux dire par là ? »
— « Rien… juste que tu passes plus de temps à écrire sur des robes qu’à parler avec moi. »
Elle soupira, refermant son ordinateur un peu trop brutalement.
— « Et toi ? Tu passes plus de temps avec tes plans d’architecte qu’avec moi. On fait quoi, alors ? On se reproche nos passions maintenant ? »
Il haussa les épaules, détournant le regard.
— « Non, Isa… Je crois juste qu’on ne se regarde plus. »
Elle voulut protester, lui dire qu’il se trompait, mais au fond d’elle, une petite voix murmurait qu’il avait raison.
Les disputes se firent plus fréquentes. Un soir, après un dîner tendu, Isabelle laissa échapper dans un souffle :
— « Antoine… est-ce qu’on s’aime encore ? »
Il ne répondit pas tout de suite. Il se contenta de fixer son verre de vin, avant de murmurer :
— « Je ne sais pas. »
Trois mots. Simples. Froids. Dévastateurs.
Elle sentit son cœur se serrer.
— « Alors c’est ça ? On va juste… arrêter ? Comme ça ? Après tout ce qu’on a construit ? »
Il posa son verre et croisa son regard.
— « Ce qu’on a construit… est en ruines, Isa. Et je ne sais pas si on peut le réparer. »
Elle retint ses larmes, refusant de pleurer devant lui.
— « On pourrait essayer… » murmura-t-elle.
— « Oui… mais est-ce qu’on en a vraiment envie ? »
Silence. Un silence plus bruyant que mille cris.
Quelques jours plus tard, tout était réglé. Les papiers du divorce signés. Le partage des affaires fait sans heurts. Il n’y avait plus de cris, plus de disputes. Juste cette mélancolie sourde qui pesait dans l’air.
Le matin où elle devait partir, elle s’arrêta sur le seuil de leur appartement, une valise à la main. Antoine était là, debout dans le salon, l’observant sans rien dire.
— « C’est étrange… » murmura-t-elle.
— « Quoi ? »
— « On se sépare sans même se détester. »
Il eut un petit sourire triste.
— « Je crois que c’est ce qui est le plus douloureux. »
Elle hocha la tête, puis fit un pas vers lui.
— « Prends soin de toi, Antoine. »
— « Toi aussi, Isa. »
Et puis elle sortit.
Paris était toujours la même, vibrante et indifférente. Mais pour Isabelle, tout avait changé. Elle marcha sans but, laissant les souvenirs se mêler à la brise nocturne. Puis, dans un café qu’ils avaient autrefois adoré, elle s’assit et commanda un verre de vin.
Elle était seule.
Mais peut-être, pour la première fois depuis longtemps, c’était une solitude qu’elle pouvait apprivoiser.
Et peut-être, quelque part dans cette ville, une autre histoire attendait d’être écrite.









