Tout avait commencé comme un rêve. Après un an de relation presque parfaite, j’avais demandé à Laura d’emménager avec moi. Elle avait souri, m’avait serré dans ses bras et répondu :
— « Je pensais que tu ne le demanderais jamais. »
Le jour du déménagement, je m’étais levé tôt, le cœur léger. J’avais tout préparé : les cartons, l’espace dans le placard, même un petit-déjeuner pour fêter ça. Mais à 9h tapantes, quand la sonnette a retenti, j’ai eu une étrange sensation. Comme une tension électrique dans l’air.

J’ai ouvert la porte.
Elle était là, magnifique… mais différente. Un regard dans ses yeux que je n’avais jamais vu. Elle ne portait pas de valises. Pas de cartons. Juste un vieux coffre en bois qu’elle tenait serré comme un trésor.
— « Tout ce que j’ai, est là-dedans. »
Intrigué, je l’ai laissée entrer. Elle a posé le coffre au centre du salon, s’est assise devant, et m’a regardé.
— « Avant qu’on commence cette nouvelle vie… il faut que tu voies quelque chose. »
Elle a ouvert le coffre lentement. L’intérieur était tapissé de lettres anciennes, de photos en noir et blanc… et d’un petit miroir brisé. Mais ce qui a vraiment attiré mon attention, c’était un dossier usé, portant mon nom.
— « Ce dossier… je l’ai trouvé avant qu’on se rencontre. Il contient des choses sur toi… que même toi tu ignores. »
Je l’ai ouvert. À l’intérieur, des articles de journaux, des rapports médicaux, des photos de moi… enfant, adulte… mais aussi une photo étrange : moi, debout à côté d’un homme qui me ressemblait trait pour trait, sauf qu’il portait une cicatrice sur la joue. Je n’ai aucun souvenir de cette photo.

Laura a posé sa main sur la mienne.
— « Tu ne t’appelles pas vraiment Hugo. Ce nom t’a été donné après une opération de réinitialisation de mémoire. Tu as été quelqu’un d’autre avant. Et cette maison… tu y as déjà vécu. Il y a très longtemps. »
Je suis resté figé. Mon cœur battait si fort que j’en avais mal à la poitrine. Tout ce que je croyais savoir… ma vie, mes souvenirs… était-ce un mensonge ?
— « Je ne suis pas venue emménager avec toi. Je suis venue te réveiller. »

Depuis ce jour, je ne dors plus comme avant. Je rêve d’endroits que je ne reconnais pas, de visages flous, de cris étouffés. Et chaque matin, le miroir brisé du coffre semble avoir changé de position.
Je n’ai jamais revu cet homme sur la photo.
Mais parfois, en croisant mon reflet, j’aperçois cette cicatrice sur ma joue…







