Adieu chaînes, courroies et dérailleurs, ce vélo électrique annonce la fin d’une époque

Créé il y a six ans par deux passionnés et presque sur un coup de tête, HeritageBike fabrique en France des vélos et motos électriques au look neo-vintage, qui s’inspirent de machines anciennes. Aujourd’hui, le constructeur annécien s’associe à Cixi, qui a développé un pédalier électronique sans chaîne ni courroie. Cet équipement, nommé PERS, annonce une vraie révolution dans le domaine du deux-roues et des mobilités douces. Xavier Wargnier, cofondateur d’HeritageBike, détaille pour 20 Minutes leurs ambitions communes.

Comment est né votre projet de vélo sans chaîne ni courroie ?

Nous partageons à Annecy nos locaux avec l’entreprise Cixi. Depuis 14 ans, cette société développe avec ses 115 ingénieurs un véhicule à trois roues et deux places, qui fonctionnera par pédalage, roulera à 120 km/h et sera agréé sur autoroute. Ce véhicule est sorti récemment en maquette roulante et devrait voir le jour en 2028. Pour ce projet, Cixi a inventé PERS, un pédalier électronique régénératif que nous avons choisi d’intégrer en série sur des vélos.

Comment ce pédalier fonctionne-t-il ?

Il supprime la transmission mécanique. Il agit comme un générateur électronique qui mesure et transforme la force de pédalage en signal électrique. Ce signal est transmis au moteur qui ira puiser son énergie dans la batterie. Techniquement, c’est simple et compliqué, car il y a beaucoup de capteurs. Mais quand on l’utilise, il n’y a rien à paramétrer sinon la fréquence de pédalage.

C’est-à-dire ?

Ce pédalier supprime l’idée de vitesse. On n’est plus sur un rapport 1 à 7, par exemple, au contraire c’est linéaire. C’est une technologie où il n’y a plus de frottements, plus de chaîne, plus de courroie. On supprime la partie la plus fragile du vélo, mais on reste sur un pédalage naturel.

Et avec PERS, on peut sélectionner sa façon de pédaler. Il suffit de choisir son rythme, sa fréquence de pédalage et que l’on soit sur du plat, en montée ou en descente, on fournit la même fréquence de pédalage à effort constant.

Même si je m’attaque au Mont Ventoux ?

Même si vous vous attaquez au Mont Ventoux. Dans ce cas, le moteur vous aidera davantage et vous puiserez plus dans la batterie, mais votre expérience vélo sera continue. C’est un sentiment de liberté retrouvé. Autre avantage : ça ne déraille pas, ça ne salit pas, et il n’y a plus d’entretien. Par ailleurs, à chaque fois que l’on va freiner, on va récupérer et emmagasiner jusqu’à 15 % d’énergie en ville. Avec nos tests, on a même réussi à monter jusqu’à 25 %. Le système régénère donc de la batterie. C’est assez vertueux.

Quels sont ses inconvénients ?

Son prix. Au niveau techno, il y a beaucoup de choses dedans, de nombreux capteurs, et PERS, comme les premiers vélos qui l’adoptent* sont fabriqués en France.

D’où des prix très élevés ?

J’assume notre positionnement haut de gamme et notre marché de niche. Mais proposer des vélos avec la philosophie qui est la nôtre a un prix : à partir de 7.000 euros et à partir de 8.900 euros pour un vélo à pédalier régénératif. Exemple : le cadre en carbone de notre VTT est fabriqué dans la Creuse. Coût de revient : 1.500 euros. Si je fabriquais exactement le même en Asie, comme bien de nos concurrents le font, ce cadre reviendrait, transport inclus, entre 350 et 450 euros. Donc la messe, elle est dite !

Impossible d’imaginer un vélo HeritageBike à 3.000 euros ?

Si je veux continuer à promouvoir ma fabrication française et le côté premium de notre gamme, je ne pourrai jamais descendre à ce prix.

Par contre, on travaille depuis longtemps sur un projet de vélo, avec un cadre acier que l’on aura déjà amorti, en dégradant légèrement le taux d’équipement pour obtenir un prix moins élevé. Nous avons constaté que l’on avait des clients qui achètent nos vélos parce qu’ils sont beaux, mais qui ne vont rouler que 50 km par an… Pas besoin de la dernière des technos dans ce cas. Mais ce vélo restera autour de 5.000 euros.

 

 

Ce pédalier restera-t-il cantonné aux vélos haut de gamme ?

Le pédalier c’est une chose, mais après, les constructeurs lui associeront le moteur et la batterie qu’ils voudront et pourront proposer des prix compétitifs. Mais quoi qu’il arrive, ce pédalier va s’imposer. Toutes les marques cherchent l’automatisation. Tous les vélos bas de gamme conserveront une chaîne. Ceux, de type Tour de France, aussi. Paradoxalement, dans la tête des gens, ce sont de vrais rouleurs qui n’ont pas envie que ce soit une machine qui fasse le travail. Par contre, sur le segment des vélos électriques de moyenne gamme et haut de gamme, et sur tous les vélos-cargos sans exception, le système sans chaîne va s’imposer… à l’horizon 5 ans maximum.

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